Briller à sa façon : une leçon de ma fille sur l’identité autistique

Cet article est une lecture subjective et située.
Il ne s’agit ni d’une analyse musicale, ni d’une interprétation officielle de l’œuvre évoquée, mais d’un texte écrit depuis mon vécu de femme autiste, de mère, et de professionnelle de l’accompagnement.

Une chanson entendue par ma fille — sans même qu’elle ait vu le film dont elle est issue — est venue faire résonner en moi des questions d’identité, de masking et de transmission. Ce texte explore ce que l’art, parfois de façon inattendue, peut venir relier : nos parts masquées, nos élans profonds, et ce qui cherche à se dire à travers les générations.

C’est aussi depuis cet endroit — là où l’identité n’a plus besoin de se cacher pour être légitime — que j’accompagne aujourd’hui, au sein de Dièse Coaching.

HUNTR/X, la K-pop et une chanson qui résonne

Hier soir, ma fille chantait dans le salon.
Elle est fan d’une chanson intitulée Briller, version française de Golden, interprétée par HUNTR/X.

HUNTR/X n’est pas un “vrai” groupe de K-pop : c’est un groupe fictif créé pour le film d’animation KPop Demon Hunters (Netflix). J’avoue que je connaissais peu la K-pop jusque-là. Et pourtant, cette chanson est venue me toucher de plein fouet.

Ma fille n’a pas vu le film. Elle est encore trop jeune.
Elle ne connaît ni l’histoire, ni les personnages, ni le contexte.
Elle chante. C’est tout.
Et en l’écoutant, quelque chose se déplace en moi.

Quand une chanson fait écho à l’enfance et au masking

Dans la version française, certaines paroles résonnent immédiatement :

« Dans le silence, depuis l’enfance
Je me cache, je m’efface »

Ces mots parlent d’effacement, de retenue, de cette habitude de se faire petite pour ne pas déranger. Pour beaucoup de personnes autistes — et tout particulièrement pour les femmes — cela fait écho à ce que l’on appelle le masking : le fait de cacher, d’atténuer ou de compenser ses traits pour s’adapter aux attentes sociales.

Le masking est souvent invisible.
Il permet de “tenir”, de passer, de s’intégrer en apparence.
Mais il a un coût : fatigue, confusion identitaire, impression de vivre à côté de soi.

Autisme et masking : vivre entre deux identités

Plus loin, la chanson questionne :

« Entre deux vies, dis-moi qui je suis »

Vivre “entre deux vies” — celle que l’on montre et celle que l’on vit intérieurement — est une expérience très fréquente chez les personnes autistes, en particulier lorsqu’elles sont diagnostiquées tardivement, ou lorsqu’elles ont grandi sans cadre pour comprendre leur fonctionnement.

On apprend à jouer un rôle.
À faire “comme il faut” ; à se conformer pour être accepté(e) ; en nourrissant des croyances inadaptées sur soi-même.
Et parfois, on finit par ne plus très bien savoir qui l’on est en dehors de ce rôle.

Le camouflage social chez les femmes autistes

Les femmes autistes, selon la littérature, utilisent souvent plus le masking que les hommes, sous la pression sociale ou culturelle. Les conséquences peuvent être : fatigue chronique, anxiété, sentiment de perte d’identité. Cette chanson, dans sa simplicité, vient rappeler que l’on peut exister autrement.

Transmission, identité et regard porté sur nos enfants

Puis il y a le refrain. Cette invitation simple et puissante :

« On est venu·es là pour briller »

Briller, ici, ne parle pas de performance ou de réussite spectaculaire.
Cela parle de présence.
De permission d’exister.
D’oser laisser paraître sa lumière — même si elle ne correspond pas aux normes attendues.

En regardant ma fille chanter, tourner, occuper l’espace sans se poser de questions, j’ai ressenti quelque chose de très fort. Comme si une part de mon enfance — plus silencieuse, plus prudente — trouvait enfin un écho.

Briller sans se cacher : une autre manière d’accompagner

Ce moment m’a rappelé une chose essentielle :
l’identité autistique n’est pas un empêchement à la lumière.
C’est une autre manière de la faire exister.

Nous passons souvent beaucoup de temps à essayer de corriger, d’ajuster, de compenser ce que nous sommes. Et si, parfois, il s’agissait simplement de créer les conditions pour que cette lumière puisse se dire autrement ?

C’est aussi depuis cette conviction que j’accompagne aujourd’hui : aider à desserrer les masques devenus trop lourds, redonner de la place à ce qui est là depuis toujours, permettre à chacun·e de se reconnaître sans devoir se conformer.

Reconnaître sa lumière, avec ses nuances

Hier soir, une chanson et une voix d’enfant m’ont rappelé ceci :
la valeur d’une personne ne se mesure pas à sa conformité, mais à sa capacité à exister pleinement.

Parfois, il suffit d’une mélodie pour relier ce qui a été tu…
et ce qui cherche encore à briller.

Pour celles et ceux qui souhaitent écouter la chanson évoquée dans cet article :
« Briller », version française de « Golden », interprétée par HUNTR/X (KPop Demon Hunters).
Une transcription des paroles françaises de « Briller » est proposée sur le site Genius.

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